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Transformer un local en meublé Airbnb en 4 points clés

Vous être propriétaire de plusieurs locaux qui ne constituent pas votre résidence principale et vous souhaitez les mettre en location saisonnière sur une plateforme de type Airbnb ? Avant de transformer votre local en meublé airbnb, je vous détaille les 4 étapes cumulatives à respecter au préalable.

Quelles sont les démarches à entreprendre avant de transformer son local en meublé touristique pour le louer sur une plateforme de type Airbnb ?

La location meublée saisonnière, encore appelée la location meublée de courte durée, consiste à louer sur une plateforme de type Airbnb un local meublé de manière répétée à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile, généralement pour quelques jours ou semaines.

A Paris, dans les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que dans les villes de plus de 200 000 habitants, la location de courte durée d’un bien immobilier, qui ne constitue pas la résidence principale du propriétaire, sur une plateforme de type Airbnb dépend de trois critères cumulatifs et indépendants, à savoir :

  • de son usage au sens de l’article L 631-7 du Code de la construction et de l’habitation (étape 1);
  • de son affectation, de la destination de l’immeuble pour les immeubles soumis au régime de la copropriété (étape 2) ;
  • de sa destination au sens du droit de l’urbanisme (étape 3).

 Une fois ces trois étapes réalisées, il conviendra d’enregistrer votre meublé auprès de la Mairie du lieu de situation (étape 4).

Etape 1 : Vérifier l’usage de mon local avant de le transformer en meublé Airbnb

Si les locations meublées classiques ne sont soumises à aucune démarche administrative, il en va différemment des locations meublées de tourisme, qui sont des locations de courtes dures pour une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile.

A Paris et dans l’ensemble des trois départements de la petite couronne parisienne (Hauts-de-Seine, Seine- Saint- Denis et Val-de-Marne), ainsi que dans les villes de plus de 200.000 habitation, une règlementation spécifique s’applique à la location saisonnière en imposant la transformation des « locaux à usage d’habitation » en locaux à un « autre usage » (commercial, hôtelier…) aux termes de la combinaison des articles L. 631-7, L 631-7-1, L 631-7-1 A, L 651-2 et L 632-1 du Code de la construction et de l’habitation, dès lors qu’il ne s’agit pas de la résidence principale du propriétaire.

En ce sens, l’article L631-7 alinéa 6 du CCH soumet à autorisation préalable le changement d’usage des logements destinés à la location saisonnière, comme reproduit ci-après : « Le fait de louer un local meublé destiné à l’habitation de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile constitue un changement d’usage. » ; laquelle peut être subordonnée à compensation.

Cette législation a pour dessin d’éviter la disparition d’habitats en zone urbaines marquées par un déficit de logements.

Comment connaître l’usage de mon local ?

Les locaux sont réputés à « usage d’habitation » dès lors qu’ils avaient cet usage en FAIT au 1er janvier 1970 et sous réserve que cet usage n’ait pas été modifié ultérieurement en DROIT par le dépôt d’un permis de construire ou d’une déclaration préalable (avec ou sans travaux).

L’affectation à un usage “autre que de l’habitation” au 1er janvier 1970 peut être prouvé par tous moyens (fiche de révision foncière, actes notariés, baux en vigueur en 1970, relevé de taxe professionnelle…). Cette recherche n’a d’intérêt que dans le cas où le local est décrit comme étant à « usage d’habitation » et que vous souhaitez pouvoir contester cet usage. De son côté, le Maire pourra contester la qualification d’usage « autre que d’habitation » en démontrant par exemple le paiement de la taxe d’habitation.

A noter : Il n’y a pas de prescription acquisitive trentenaire résultant d’une utilisation à usage « autre qu’habitation », en conformité de l’article L 631-7-1 alinéa 3 du CCH.

Obtenir l’autorisation du changement d’usage pour louer mon local d’habitation sur Airbnb

Si vos locaux locaux sont réputés à « usage d’habitation » dès lors qu’ils avaient cet usage en fait au 1er janvier 1970 et qu’ils n’ont pas été modifiés ultérieurement en droit, vous ne pouvez pas les mettre en location saisonnière, sous peine d’être exposé à de lourdes sanctions financières si vous vous faîtes épinglé par la Commune.

Pour louer en toute légalité vos locaux d’habitation, ceux-ci doivent être transformés à un « usage autre que de l’habitation », en obtenant préalablement une autorisation de changement d’usage par le Maire du lieu de situation du local.  Dans la majorité des grandes villes, le Maire assortit son autorisation d’une obligation de « compensation » sous la forme de la transformation concomitante en habitation de locaux “à un autre usage”.

Le principe de la « compensation » impose :

(i) soit de proposer en compensation des locaux à “autre usage que l’habitation” dont vous êtes propriétaire et que vous allez transformer en logements, avec l’autorisation et sous le contrôle des services municipaux compétents et avec un taux de compensation pouvant aller du simple au double ;

(ii) soit d’acheter un titre de compensation (ou commercialité) auprès d’un tiers, propriétaire de locaux affectés à un « autre usage que l’habitation » (bureaux, commerces…) qu’il va transformer en logements. Il n’existe pas de tarif officiel : les prix sont négociés entre l’acheteur et le vendeur. Ils varient en fonction du lieu de situation de votre local.

Chaque commune fixe librement le coefficient de compensation. A Paris, les règles à suivre en matière de compensation sont fixées par un règlement municipal posant le principe et déterminant les conditions de cette compensation, et disponible sur le lien suivant : https://api-site-cdn.paris.fr/images/72102 .

A quelles sanctions je m’expose en cas de non-respect de la règlementation du changement d’usage ?

1. Se faire assigner par la Commune et se voir condamner à des amendes civiles et pénales

Si vous louez l’une de vos résidences secondaires sans avoir préalablement procédé au changement d’usage en violation de l’article L 631-7 du CCH, vous vous exposez au risque d’être poursuivi en justice par la Commune par devant le président du tribunal de grande instance, statuant en la forme des référés du lieu de situation du bien et condamné à une amende civile maximale de 50.000 €/ appartement et à une injonction de retour à l’habitation dans un délai que le tribunal fixera. A l’expiration du délai, il pourra prononcer une astreinte d’un montant maximal de 1.000 € par jour et par m2 (L 651-2 du CCH).

De même, des sanctions pénales sont possibles en cas de fausse déclaration, dissimulation ou tentative de dissimulation des locaux soumis à déclaration (article L. 651-3 du Code de la Construction et de l’Habitation : emprisonnement d’un an et amende de 80 000 €).

2. Tempérament : le gel des procédures pour l’année 2019 dans l’attente de la décision de la Cour de justice de l’Union Européenne

Par un arrêt en date du 15 novembre 2018 (RG n° 17-26.158), la Cour de cassation a sursis à statuer, en acceptant de transmettre une question préjudicielle à la Cour de justice de l’Union Européennes (CJUE) afin de savoir si la transformation des locaux d’habitation en un « autre usage » en vue de leur location en meublé touristique imposé par l’article L631-7 du CCH est conforme avec les dispositions de la directive européenne service 2006/123/CE du 16 décembre 2006. 

Depuis cet arrêt, les Tribunaux judiciaires français ont suivi le mouvement amorcé par la Haute Cour. 

 Si les procédures sont gelées dans l’attente de la décision de la Cour de justice européenne qui est attendue pour 2020, il n’en reste pas moins que l’article L631-7 du CCH est toujours en vigueur et le restera tant que la Cour de justice de l’union européenne suivie par la Cour de Cassation ne se seront pas prononcées par un avis contraire.

Dans l’attente de leur position, la Ville de Paris continue d’assigner régulièrement les fraudeurs à la réglementation du changement d’usage et ne compte pas ralentir le rythme afin de conserver à titre conservatoire le bénéfice des infractions constatées si ledit article s’avère être déclaré comme conforme à la directive par la CJUE.

En conséquence de quoi, si vous souhaitez mettre en location une de vos résidences secondaire, je vous conseille de privilégier la location meublée classique ou le bail mobilité, et de ne procéder à aucun changement d’usage de votre local d’habitation dans l’attente de l’arrêt de la CJUE, afin d’éviter que vous exposiez des frais qui pourraient se révéler inutiles dans un avenir proche si l’article L 631-7 du CCH serait déclaré comme non conforme, dès lors que la « commercialité » a un coût conséquent.

 

Etape 2 : Mon règlement de copropriété m’autorise t-il à louer mon local en meublé Airbnb?

Avant de mettre votre bien en location saisonnière sur une plateforme de type Airbnb, il convient de se prémunir d’éventuelles plaintes provenant de votre propre voisinage en vérifiant que le règlement de copropriété de votre immeuble ne contient pas de clause restrictive sur ce type de location.  

A cette fin, il convient d’étudier minutieusement le règlement de copropriété et son état descriptif de division afin que vous vous assuriez de l’affectation de vos lots, de la destination de votre immeuble, mais également de l’existence d’éventuelles clauses régissant la location. Ces deux documents constituent la loi des copropriétaires et règlementent leurs rapports privatifs. 

L’affectation d’un lot est ce pourquoi il doit être utilisé, tandis que la destination d’un immeuble est la loi générale qui régit l’utilisation de l’ensemble de l’immeuble et de chacun de vos lots privatifs. 

Si la transformation de votre local commercial en meublé touristique en copropriété ne devrait pas poser de difficultés en principe, il peut en aller différemment pour vos locaux à usage d’habitation qu’ils constituent ou non votre résidence principale ou secondaire.

Quoiqu’il en soit, l’utilisation de vos lots ou leur changement d’affectation doivent intervenir dans le respect de la destination de l’immeuble de la tranquillité du voisinage.  

Si par deux arrêts en date des 9 juin 2010, n°09-15922 et 8 juin 2011 n°10-15891, la Cour de cassation était plutôt permissive au regard de la location saisonnière en confirmant les arrêts rendus par la Cour d’appel qui avaient jugé que ces locations pouvaient valablement intervenir dans les locaux à usage d’habitation dès lors que la destination de l’ immeuble est à destination mixte (habitation et commerce) à ou destination bourgeoise simple (habitation et profession libérales), il n’en reste pas moins que ces principes ont été fragilisés, une première fois, par un arrêt de la Cour d’appel de PARIS du 11 septembre 2013 en ne prenant plus en compte la mixité d’usage de l’immeuble et la proximité de ladite activité avec les clientèles des professions libérales.  

La position s’est une nouvelle fois durcie par un arrêt en date du  8 mars 2018, n°14-15.864 aux termes duquel la Cour de cassation a confirmé l’arrêt de la cour d’appel qui avait considéré que la rotation de courtes périodes de location dans des « hôtels studios meublés » n’est pas compatible avec la destination d’un immeuble à usage d’habitation simple. 

Par cet arrêt, la Cour de cassation a souhaité privilégier le caractère résidentiel de l’immeuble, lequel est confirmé dans sa durée et sa stabilité par l’existence d’une clause dans le règlement de copropriété obligeant chaque copropriétaire à adresser au syndic une copie de chaque bail conclu avec chaque locataire dans les quinze jours de son entrée en jouissance.  

Cet arrêt conforte définitivement l’orientation de la jurisprudence récente vers une appréciation assez stricte de la conformité des locations saisonnières avec les clauses du règlement de copropriété dès lors que la location saisonnière a de moins en moins bonne presse. 

 

En conclusion :  

– vous ne pouvez envisager un changement d’usage avec compensation ou l’exercice d’une telle activité si votre lot n’est pas soumis à un changement d’usage, qu’à la condition que le règlement de copropriété autorise l’exercice d’une activité de location saisonnière.

– Si tel n’était pas le cas, vous pouvez toujours tenter de solliciter le changement de destination de l’immeuble aux termes d’une résolution à la prochaine assemblée générale qui devra être soumise à la majorité de l’article 26 et donc requérir l’unanimité des votes ; ce qui n’est pas aisé d’obtenir  

ETAPE 3 : Procéder au changement de destination de mon local en hébergement hôtelier

La destination d’urbanisme d’un bien est ce pourquoi il a été construit et peut varier dans les limites de ce qui est autorisé par le plan local d’urbanisme (PLU).

La location saisonnière est considérée comme une destination « hôtelière » en termes d’urbanisme.

Ainsi si vous êtes propriétaire d’un local à usage « commercial » ou « habitation », il convient d’obtenir un changement de destination en « hébergement hôtelier » qui peut se faire par une simple déclaration préalable (ou par le dépôt d’un permis de construire, ce qui est plus rare); laquelle ne peut intervenir que sous réserve :

  • d’absence d’interdiction résultant du PLU. Le PLU applicable à Paris contient très peu d’interdictions à ce sujet ;
  • du droit des copropriétaires ;
  • et du paiement éventuel de taxes sur la création de locaux commerciaux lorsque ces derniers n’étaient pas préalablement à destination de bureau ou de commerce.

En cas de violation de l’obligation de faire une déclaration de changement d’usage de destination, vous risquez de vous voir exposer à une « amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d’une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l’article L 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros » ( L 480-4 du Code de l’urbanisme).

Etape 4 : Enregistrer mon meublé airbnb auprès de la Mairie

Vous devez enregistrer votre meublé sur le service en ligne de votre Mairie, faute de quoi vous vous exposez à une amende pouvant atteindre 5.000 €. il conviendra de reporter le numéro de 13 chiffres qui vous sera donné sur chacune de vos annonces postées sur une plateforme de type airbnb.

En conclusion : la procédure de changement d’usage concernant les locaux à usage d’habitation pour les voir transformer en meublé touristique pourrait être remise en cause si la Cour de Justice de l’Union Européenne déclarait l’article L. 631-7 du CCH comme non conforme. Sa décision est attendue pour 2020.

Dans une telle hypothèse, il est aisé de supposer que :

  • le changement d’usage imposé aux locaux d’habitation pour exercer une activité de location saisonnière deviendra sans objet ;
  • les Communes ne pourront plus poursuivre sur ce chef et que les amendes deviendront sans objet ;
  •  les Communes vont avoir un vrai manque à gagner ;
  • les personnes qui souhaitent louer leur résidence principale ne seront plus limitées à 120 jours par an.

Il faut espérer que les pouvoirs publics ne pallient pas le « manque à gagner » des Communes en imposant la règle de l’encadrement des loyers aux locations meublées touristiques, laquelle fait son grand retour avec la loi ELAN 2018-1021 du 23 novembre 2018, pour une durée de 5 ans dans les grandes villes  et leurs banlieues. Si tel est le cas, il n’existera quasiment plus de distinction avec le nouveau bail mobilité instauré par cette même loi.

Mon cabinet se tient à votre disposition pour vous accompagner sur la faisabilité de votre projet tant au regard des règles d’urbanisme que de votre règlement de copropriété, lesquels méritent une attention particulièrement précise et une connaissance approfondie en ces domaines.

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2 Commentaires

  1. Maxime Dussaix

    Le changement de destination à la Mairie est-il vraiment obligatoire ? Quid si je ne souhaite pas que mon meublé soit un hébergement hôtelier ? Puis-je me contenter du changement de destination ?

    Réponse
    • Me Lorène DERHY

      cette formalité est naturellement obligatoire…

      Réponse

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Maître Lorène Derhy - Avocat en droit immobilier

9 rue le Tasse - 75116 Paris - Tel : 01.55.74.70.70